Le Vampire by Charles Nodier (Prologue and Act 1)

Background: I’m currently researching nineteenth-century vampire plays, and I was surprised to find that one of the most significant works in the field – Charles Nodier’s Le Vampire, from 1820 — appears not to be available online in plain text form. There are multiple copies on Google Books, which offers a tool for converting to plain text, but as this can be read only one page at a time and contains errors, it is not particularly convenient.

For my own purposes, I decided to combile my own plain text copy. For the benefit of anyone else who wishes to research this topic, I’m shall be posting the entire play on my blog. The following text almost certainly contains transliteration errors, so I welcome any corrections.

See also act 2 and act 3.

PROLOGUE.

(L’ouverture a exprimé une tempête. ) (Ax lever de la toile, le ciel est obscur, et tous les objets confus. Il s’éclaircit peu à peu. La scène se passe dans une grotte basaltique, dont les longs prismes se terminent à angles inégaux vers le ciel. Le ceintre est découvert. L’enceinte de la grotte est semée de tombeaux de forme diverses, des colonnes, des pyramides, des cubes d’un travail brut et grossier. Sur une tombe de l’avant-scepe, on voit une jeune fille couchée, et plongée dans le plus profond sommeil. Sa tête est appuyée sur un de ses bras, et recouverte de son voile et de ses cheveur.) (Du côté opposé, est assis Oscar; il se lève et parcourt le thédtre avec inquiétude.) (La lumière s’est augmentée progressivement. L’ange de la Lune, en robe blanche flottante, s’adresse à Oscur)

ITURIEL.
Que yois-je ? est-ce toi, mon cher Oscar; toi, le génie protecteur des mariages, dans ces lieux redoutables que je crains moi-même d’éclairer !… Oui, de toutes les scènes logobres de la nuit, dont l’astre que je conduis sert à dissiper l’horreur, il n’en est point qui m’effraie autant que l’approche des grottes de Stafla. Quand les premiers rayons de la lune se brisent sur la neige éblouissante des sommets de la Calédonie, je frissonne malgré moi, et l’aspect de ces tonbeaux ne saisit d’une borreur que je n’ai pu m’espliquer encore.

OSCAR.
Graces te soient rendues, Ituriel, ton arrivée me console et me rassure, mais ai-je besoin de te dire quel soin m’a conduit ici; laisse tomber un de tes regards sur ce tombeau…

ITURIEL.
Que vois-je? une jeune fille endormie, en ces lieux où tout respire l’inquiétude et la terreur!

OSCAR.
Tu n’en connais pas encore tous les secrets. Cette jeune fille est miss Aubray, la plus belle et la plus riche beritibre de l’Ecosse. Elle doit épouser demain le comte de Marsden, qui possède sur le continent de l’Ecosse des terres vastes et superbes, et qui est connu dans toute l’Europe qu’il vient de parcourir, par l’éclat de son esprit et la perfection de ses qualités.

ITURIEL.
Quel hasard étrange l’a égarée dans ces solitudes ?…

OSCAR.
Le comte de Marsden n’est attendu que demain. Miss Aubray suivait la chasse de son frère, quand s’est élevé l’orage terrible que les premiers rayons ont eu tant de peine à dissiper.

ITURIEL.
C’est donc toi qui l’a sauvée ; ah ! je te reconnais à ce soin; mais que faisais-tu au milieu des glaces de Staffa ?…

OSCAR.
Aucun endroit de la terre ne fixerait mon attention avant celui ci, quand il s’agit d’un mariage, et que l’innocente fiancie ignorant les malheurs qui lui sont réservés, est prête à tomber des bras de l’amour dans ceux de la mort.

ITURIEL
Explique-toi… Serait-il vrai que d’horribles fantômes viennent quelquefois, sous l’apparence des droits de l’hymen, égorger une vierge timide, et s’abreuver de som Đang ?

OSCAR.
Ces monstres s’appellent les Vampires. Une puissance, dont il ne nous est pas permis de seruter les arrêts irrévo. cables, a permis que certaines ames funestes, dévouées à des tourmens que leurs crimes se sont attirés sur la terre, jouissent de ce droit épouvantable qu’elles exercent de préférence sur la couche virginale et sur le berceau. Tantot elles y descendent, formidables, avec la figure hideuse que la mort leur a donnée. Tantôt, plus privilégiées, parce que leur carrière est plus courte et leur avenir plus effrayant, elles obtiennent de revêtir des formes perdues dans la tombe, et de reparaitre à la lumière des vivans sous l’aspect du corps qu’elles ont animé.

ITUNIEL.
Et cette jeune infortunée était poursuivie , sans doute?

OSCAR.
Les ombres errantes des Vampires, éparses dans les nuages du soir, avaient grossi de leurs clameurs le tumulte de l’orage. Quelques voix iqsidieuses, jetées d’intervalle en intervalle, avaient égaré ses pas vers la grotte de Staffa; elle s’y précipitait pour chercher un asile contre la tempête, quand le hasard Gt tomber mes yeux sur elle du haut des résions eélestes. Je la suivis pour la saurer.

ITURIEL.
Et ces montres ont-ils paru?

OSCAR.
La première heure du matin les réveille dans leurs sé pultures; une fois que le retentissement du coup sonore a expire dans tous les échos de la montagne, ils retombent immobiles dans leur demeure éternelle. Mais il en est un parmi eux, sur lequel mon pouvoir plus borné…que disje! la destinée elle-même ne revient jamais sur ses urreis. Après avoir porté la désolation dans vingt pays divers , toujours vaincu, toujours vivant, toujours plus altéré da sang qui conserve son effroyable existence… Dans trentesix heures à la première heure de la soirée, il doit enfin subir le néant, peine légitime d’une suite incalculable de forfaits , s’il ne peut d’ici là y joindre un forfait de plus, et compter encore une victime.

ITURIEL
Le néant!

OSCAR.
Le plus sévère des châtimens infligés par le grand esprit. Et comme son avenir est sans ressources, il a toutes les ressources du présent. Il peut prendre toutes les formes, emprunter tous les langages, user de toutes les séductions. Rien ne lui manque des apparences de la vie ; mais la mort, qui n’abandonne jamais sa proie tout entière, a imprimé sa trace sur son visage, et même cet indice repoussant se dérobe encore aux yeux qu’il a intérêt de tromper.

ITURIEL.
Hélas! qu’espères-tu? Notre pouvoir est limité, et les doinaines de la mort sont sacrés pour nous.

OSCAR.
Ils ne sont pas fermés à la justice divine. Puisqu’un terme était marqué aux crimes du Vampire, pourquoi ne serait-ce pas à moi d’en arrêter le cours? Quels que soient les devoirs qui m’appelent ailleurs, ne t’étonne pas de me retrouver encore deux fois en Calédonie.

ITURIEL.
Hélas ! puisses-tu réussir dans les projets… Mais qu’entends-je ! Ton etitretien m’a retenu long-tems au-dessus de ces grottes. (On entend sonner une heure ar timbre argentin d’une cloche éloignée. Le lam-tam la répète d’écho en écho par gradation.)

OSCAR.
Arrête et regarde.

(Toutes les tombes se soulèvent du moment où l’heure re
tentit. Des ombres pales en sortent à demi et retombent sous la pierre tremulaire, à mesure que le bruit s’évanouit dans l’écho.

Un spectre vétu d’un linceuil s’échappe de la plus appa rente de ces tombes. Son visage est à décotevert. Il s’élance jusqu’à la place oi miss Aubray est endormie, en criant: Malvina!)

OSCAR.
Retire-toi…

LE SPECTRE
Elle m’appartient.

OSCAR
saisit la jeune fille endormie. Elle appartient à Dieu, et tu appartiendras bientôt au néant.

LE SPECTRE
se retire, mais en menaçant et en répètant: Le néant !

(Ituriel traverse le théâtre dans un nuage.)

Le theatre change et représente un des appartemens de sir Aubray.

Fin du Prologue.


ACTE PREMIER.
Salle du château de Staffa.

SCÈNE PREMIÈRE.
,
BRIGITTE, SCOP, EDGAR

BRIGITTE.
Mes enfans , venez vous reposer dans cette salle, et réjouissez-vous; notre jeune maitresse est retrouvée, elle repose dans son appartement.

SCOP.
Le ciel en soit loué!

BRIGITTE.
Vous devez être bien fatigués !

EDGAR. . .
Parbleu! après avoir batta la forêt toute la nuit !

BRIGITTE, 🙂 Voici de quoi vous rafraichir..
Bien obligé, Mistriss, car je me sens enroué à force d’avoir crié de tous côtés : Miss Aubray! et les échos seuls nous répondaient.

EDGAR.
Il est surprenant, en effet, qu’elle ne nous ait pas entendus, à quelle ketre est-elle rentrée ?

BRIGITTE.
Après deux heures, cette nuit. Il parait qu’elle s’était égarée hier au soir, à la fin de la chasse, et que l’orage Pa surprise… elle a enfin rencontré son frère dans les environs du château, et ils sont rentrés ensemble par la petite porte du parc, qui donne sur le sentier des grottes.

SCOP.
Bonté du ciel ! elle s’était égarée près des grottes !

EDGAR.
Par St.-Georges ! il faut que cela soit, c’est justement la Scule partie de la forêt que nous n’ayons point parcourue… cet imbécille n’a jamais voulu que nous allassions de ce côté!

SCOP
Y pensez-vous ! me préserve le ciel d’approcher la nuit de ces grottes infernales… les grottes de Staffa! le Cepaire des méchans esprits !

EDGAK.
Oh ! le benêt! je ne crois pas aux esprits, moi!..

SCOP.
Tant pis, monsieur Edgar, tant pis, il vous en arrivera mal, demandez plutôt à Misriss Brigitte.

BRIGITTE
Il est vrai que, depuis notre arrivée dans cette ile, j’ai entendu raconter à ce sujet des choses merveilleuses..

SCOP.
Dites donc effroyables, épouvantables ! est-ce que vous ne savez pas l’histoire de la dernière héritière de Staffa ?

EDGAR, buvant.
Que lui est-il arrivé à cette héritière ?

BRIGITTE, avec mystère. Pais donc, si on nous entendait.

SCOP.
Ah ! vous savez donc l’histoire, vous ?

BRIGITTE.
Non. Mais sir Aubray a menacé de chasser de chez lui quiconque s’entretiendrait de ces choses surnaturelles, qu’il appelle des rêveries… cependant je ne serais pas fachée de savoir…
Mais, en ce moment, personne ne peut nous entendre; allons, Scop, contente la curiosité de Mistriss, dis-nous l’histoire de cette héritière. !!

SCOP.
Je vais vous raconter ça, c’est fièrement joli, mais promettez-moi de ne pas avoir peur… oui, vous faites les braves, vous autres, mais moi, rien que d’y penser, ça me fait venir la chair de poule; tenuz, approchez-vous, et serrez-vous bien… imaginez-vous qu’il y avait une fois une jeune fille, qai voulot tâter du mariage… cette même jeune fille était fiancée avec un jeune et riche Seigneur d’Ecosse ; les fêtes du mariage étaient préparées dans ce chateau; la veille des noces, le soir, les deux amans furent se promener dans la forêt, je ne sais pas trop pourquoi faire, mais enfin ce ne sont pas mes affaires. Tant il y a qu’ils furent se promener bras dessus, bras dessons; ils portèrent leurs pas vers les grottes, et ils ne revinrent plus.

EDGAR.
Bon !!!

SCOP..
Plus du tout jamais ? V’là qu’on les cherche par mer et par terre : où sont ils deno, où sont-ils done ? et le londemain, qu’est-ce qu’on trouva; le corps de la jeune fille tout couvert de sang, elle avait été égorgée; quant au jeune homme, on n’en entendit plus parler depuis; il y a cent ans de cela, et il n’a pas encore donné de ses nouvelles epuis ce tems: c’est à cette époque que le château de Suara est passé dans la famille de sir Aubray…..

BRIGITTE
Ah ! mon Dieu ! savez-vous que cette histoire est af freuse !

EDGAR,
Ces esprits-là étaient, je crois, d’accord avec les ancêtres de sir Aubray, pour leur faire avoir ce riche heritage.

SCOP.
Dame, il y a cent ans que cela est arrivé, vous penses bien que je n’y étais pas, mais le grand oncle de mon grand père le tenait du grand père de ma grand’ mère, ainsi c’est sûr. Si ça avait étéle s héritiers qui eussent fait un tour comme ça, on l’aurait su: mais dites plutôt que c’étaient de ces esprits horribles qui font périr les jeunes fiancées, et qu’on appelle des vampires.

EDGAR.
Sottises que tout cela.

BRIGITTE.
Ah! mon Dieu ! des Vampires, des jeunes fiancées.. à quels dangers me suis-je donc exposée… que j’étais imprudente !

SCOP.
Comment cela, Mistriss?

BRIGITTE.
L’autre jour, n’ai-je pas eu la curiosité de visiter cette grotte, et la témérité de la parcourir, accompagnée du seul intendant ? je ne m’étonne plus si j’éprouvais sous ces voûtes sombres, une certaine émotion. ;

SCOP, naivement.
llez, Mistriss, vous ne risquez rien, vous; ces esprits n’en veulent qu’aux jeunes filles.

BRIGITTE
Vous êtes très peu galant, M. Scop, mais je m’oublie en causant avec vous, si notre maitre, savait que nous nous entretenons de ces choses-là, il entrerait dans une furieuse colère! Si j’apprends , me disait-il, encore l’autre jour, que tu oses répéter à ma sur les contes ridicules que tu entends dans ce pays, je te chasserai sur l’heure.
Gardons-nous bien d’en parler tout haut.

BRIGITTE.
De la discrétion… c’est convena… Je cours près de ma maîtresse, qui doit avoir besoin de moi.

SCÈNE II.
EDGAR, SCOP.

SCOP.
Dites-moi, monsieur Edgar, vous qui étiez à Londres avec notre maitre, connaissez-vous ce Lord qui vient épouser Miss Malvina ? ,

EDGAR.
Je ne le connais point, tout ce que je sais, c’est qu’il est Seigneur de Marsden.
De ce château qui est sur la côte, en face de cette ile, où est votre future à vous ?

EDGAR.
Précisément.

SCOP.
Il arrive done comme tout justement pour assister à vos noces ?

EDGAR.
Il pourra les honorer de sa présence, s’il arrive aujour, dohui.

SCOP.
Nous allons donc voir deux noces ! Que j’en suis aise ! parce qu’au moins nous danserons, pous rirons. (buvent.) A votre fatyre, M. Edgar.

EDGAR.
Be tout mon cour, maintenant : à miss Malvina. Puisse t-elle être aussi heureuse en mariage qu’elle le mérite ?

SCOP.
Ah! dieu ! je crois bien, si jamais j’étais son mari, je ferais bien son bonheur, c’est un ange que cette fille-la.

SCENE III.
MALVINA, BRIGITTE, EDGAR et SCOP.

MALVINA.
Mes amis, on m’a dit combien vous avez mis de soins à me chercher cette nuit, je vous en remercie.

ENGAR et SCOP.
Ah! Miss, vous êtes trop bonne ! (Ils saluent en sortant.)

BRIGITTE.
En vérité, ma chère maitresse, j’ai besoin que vous me rassuriez sur votre état, je crains que la fatigue et la frai. cheur de la nuit n’aient altéré votre santé.

MALVINA.
Nou, ma bonne, je me sens fort bien, je t’assure.

BRIGITTE.
Vous paraissez abattue… à travers votre sourire, je vois des signes de souffrance.

MALVINA.
Il est vrai; je ne sais quel trouble m’agite, mais en vé. rité je n’oserais t’en confier le sujet, je crains de te paraître ridicule; cette inquiétude vague que j’éprouve est le fruit, je crois, d’un songe.

BRIGITTE.
D’an songe, que dites-vous 1 Ak Fle ciel permet quelque fois… (se reprenant) Ah! Miss, après l’éducation que vous avez reçue, un pareil sujet peut-il vous troubler!.. (avec curiosite) Ce songe était donc bien effrayant?

MALVINA.
Effrayant ! oui, horrible même: bier soir, égarée dans la forêt, mes pas incertains me conduisirent vers cette grotte famease, à laquelle le vulgaire attache, di-on, des traditions mystérieuses. Le tonnerre grondait…à la lueur des éclairs, j’aperçois près de moi l’entrée de la grotte ; je m’y réfugie pour éviter l’orage, que tout annonçait devoir être passager. J’étais accablée de fatigue, et l’obscurité était complète : je m’endors au bruit du vent Iqni siflait dans ces cavernes, et de la pluie qui frappair sur les feuilles de la forêt. Tout-à-coup il me parut qne la grotte s’était éclairée, il me semblait que j’en distinguais les cavités les plus profondes, moi qui n’ai pénétré de ma vie sous ces voûtes. J’admirais ces colonnades njaltipliées, ces formes irrégulières et gigantesques, lorsqu’en laissant tomber mes regards autour de moi, je vis ‘les pierres qui composent le sol, se soulever comme d’elles-mêmes.

BRIGITTE.
Ah! grand Dieu !

MALVINA.
Des fantômes livides sortaient de ces tor abes entr’ouvertes. L’un d’eux se dirigea vers moi: un frisson me saisit, mais une puissance invincible me tenait immobile, et mes yeux mêmes ne pouvaient se détourner de la terrible apparition. Je l’envisageai… o surprise ! Je vis les traits d’un jeune homme… seulement il était pâle et paraissait soufant ses.. yeux, fixes sur moi avec l’expression la plus to uehante, semblaient me demander de secours. Plus il s’approchait de moi, plus la crainte que j’avais éprouvée dimin wait, mais lorsqu’il fut tout près, lorsque son visage sembla presque toucher le nien, 8 terreur ess yeux, devenus ca ves, lörillèrent d’un éclat extraordinaire ; sa figure se décomposa , tous ses traits se rever sèrent avec des convulsions horribles… je me crus destinée à étre la proie d’un monstre dévorant !….

BRIGITTE.
Est-ce possible?

MALVINA.
Dans cet affreux moment, une puissance inconnue sembla arracher de moi le fantôme; il rentra dans la terre en poussant des cris plaintifs : je m’éveillai… ma respiration était presque étouffée… j’étais couverte d’une sueur froide… l’orage avait cessé; la lune éclairait l’entrée de la grotte, je m’élançai au dehors… encore effrayée, je cherchais à reconnaitre ma route, lorsqu’on vieillard se rencontra devant moi, et me conduisit jusqu’à l’avenue. La je trouvai mon frère, et je rentrai avec lui au château.

BRIGITTE.
Voilà un rêve bien affreux, j’en suis toute tremblante! Mais… vous avez tort de vous effrayer de cela. .

MALVINA..
Que veus-tu dire ?

BRIGITTE.
Oai… vous trouvant seule, de nuit… Ah! Dieu ! des fantômes… Il ne faut pas ajouter foi à tout ce qu’on raconte, c’est pour faire peur aux enfans… Ah! si j’avais été là… j’en frémis encore !.. Non, n’y pensez plus… ce sont les histoires que vous avez entendues… cela explique tout…

MALVINA.
Cependant il est des circonstances que je cherche en vain à m’expliquer. Ne m’as-tu pas dit que tu avais visité cette grotte depuis notre arrivée?

BRIGITTE.
Sans doute, j’en ai parcouru tous les détours.

MALVINA.
Dans l’enfoncement, à droite, sous une espèce de Dôme, existe-t-il un rocher noir et pyramidal, qui ressemble à un Mausolée

BRIGITTE.
Oui, c’est ce qu’on nomme le tombeau de Fingal; mais il se trouve dans la partie la plus obscure, et ou ne peut le distinguer qu’à la lucur des flambeaux.

MALVINA.
Eh bien ! je l’ai vu cette nuit. C’est de là qu’est sorti le fan tôme qui m’a tant effrayée dans mon rêve.

BRIGITTE.
Voilà qui est bien extraordinaire. Ah! ma chère maitresse!.. mais voici votre frère, Miss… éloignez toutes ces idées… ce sont des visions! cachez-lui surtout le sujet qui nous occupe…un rêve… fi done!…

MALVINA.
Ah! je me suis bien gardée de lui en parler, il est si grand ennemi de ce qu’il appelle des superstitions, que je n’ai pas voula m’exposer à ses railleries.

SCENE IV.
AUBRAY, MALVINA.

AUBRAY.
Eh bien! ma soeur, êtes-vous remise entièrement?.. quoi! déjà parée; je vous sais gré de cette promptitude; elle est d’un heureux augure! Brigitte, alleu dire qu’on place un homme sur le donjon, et qu’on vienne m’avertir aussitôt que Je Comte paraitra. (Brigitte sort.) Cette journée, ma chère Malvina, doit préparer votre bonheur. Mais vous paraissex triste: est-ce ainsi que vous comptez recevoir votre époux?

MALVINA.
Ah! mon frère ! le portrait qu’on nous a fait de Marsden, de ses qualités, de ses vertus, a suli, sans doute, pour nous prévenir en sa faveur ; mais plus l’instant approche et plus Vampire. je sens accroître mon inquiétude. Mon cher Aubray, n’ou. bliez pas que mon sort vous fut confié, n’allez pas risquer de me rendre malheureuse.

AUBRAY.
Malvina, votre inquiétade est mal fondée ; jamais, vous le savez, je n’ai prétendu forcer votre inclination. Tout me fait desirer cette alliance ; mais le comte de Marsden ne vient ici que pour vous obtenir de vous-même, et s’il n’a pas le bonheur de vous plaire…

MALVINA.
Je ne dis pas cela, mon frère; mais vous qui souhaitez qu’il devienne mon époux, vous ne le connaissez pas per sonnellement.

AUBRAY.
Il est vrai, mais s’il ressemble à son frère, qui fut mon meilleur ami, il n’aura pas de peine à toucher votre coeur. Son frère était l’homme le plus séduisant!… On ne pouvait se défendre de l’aimer… Malheureux Rutwen!

MALVINA.
Toutes les fois que vous prononcez ce nom, vous vous attendrissez.

AUBRAY.
Hélas ! puis-je ne pas regretter éternellement ce mortel généreux ! ce modèle d’amitié? ignorez-vous, ma seur, tout ce que je lui dois?

BALVINA.
Vous m’avez dit qu’il avait sauvé vos jours, et cette raison, sans doute, est cause que mon coeur s’émeut chaque fois que vous me parlez de lui ; mais êtes-vous bien sûr qu’il n’existe plus?

AUBRAY
Ah ! que ne puis-je conserver le moindre doute! mais hélas! cet événement fatal sera sans cesse présent à ma pen sée. A l’époque de mon dernier voyage, je m’arrêtai quel que tems à Athènes ;j’y rencontrar lord Rutwen : enthousiaste, ainsi que moi, des beautés de la nature et des monumens des arts, il devint le compagnon de mes excursions et de mes plaisirs. Nous nous likmes bientôt de l’amitié la plus étroite ; plus je le connus et plus j’appréciai ses qualités extraordinaires. Cet homme une parut avoir quelque chose de plus qu’humain… Je desirai, je l’avoue, que des neuds étroits se formassent entre nous; j’avais emporté votre portrait, il l’admira et fut le premier à me parler de cette alliance que je souhaitais: nous nous disposions à revenir en Ecosse pour consulter vos sentimens, lorsqu’un soir, 8 déplorable souvenir! Rutwen était allé à la campagne pour assister, je crois, aux noces d’une jeune fille que ses bienfails avaient dotée en secret; je m’étais rendu vers la nuit avec des domestiques à trois milles d’Athènes, pour attendre mon ami. Après un long retard, il arrive en désordre; fayoos, me ditil, ces lieux sont infestés de brigands, je viens d’eura pour suivi. A peine a-t-il prononcé ces mols, que nous sommes as saillis; mes domestiques mettent en fuite deux assassins, lo dernier nous attaque avec furie. Je me trouve désarmé, il se précipite sur moi. Rutwen me couvre de son corps et loinbe. percé d’un coup mortel Le brigand disparait, je me jette sur le corps de mon ami expirant, il me dit en me serrant la maing j’ai sauvé tes jours, je meurs content; je n’emporte qu’on regret, c’est celui de n’avoir pas le titre de ton frère… infortuné Rutwen! tu devais donc périr ainsi, a la fleur du ton age, si loin de la patrie, et rester privé de sépulturel

MALVINA.
Quoi vous ne lui avez pas rendu les honneurs funèbres ?

AUBRAY
Une circonstance extraordinaire m’empêcha d’accomplir ce dernier devoir. Couché á terre près de mon malheureux ami, je baignais son visage de mes larmes , lorsqu’il me dit d’une voix affaiblie : tout secours m’est inutile, ne t’expose pas en restant seul près de noi, su darger d’une nouvelle attaque ; hate-toi de t’éloigner: puis, considérant la lune qui allait se lever derrière les nuages, il ajouta : tourne-moi vers l’as’re de la nuit, que je jouisse en mourant de cette dernière vue Je le déposai avec effort sur un tertre voisin, à peinely cus-je placé qu’il expira. Je m’éloignai pour réu nir mes serviteurs, je passai une heure à les chercher, nous revinmes pour le prendre, son corps n’y étais plus.

MALVINA.
Il n’y était plus !

AUNRAY.
Seulement quelques brins d’herhe foulée et rougie de sang, me firent reconnaître la place ou je l’avais laissé. Je présumsi que les assassiris avaient enlevé le cadavre pour détruire le témoin de leur crime. Pendant deux mois, je fis des recherches infructueuses. Enfin je quittai la Grèce, et j’appris que lord Marsden; était à Venise, je lui écrivis et je lui envoyai tout ce qui avait appartenu à son malheureux frère Parmi ces objets se trouva votre portrait; épris à son tour de vos charmes, il se proposa de remplacer Rutwen: celwalliance ne saurait que nous honorer, lord Marsden est, m’éton dit, un des seigneurs les plus favorisés à la cour de notre Monarque.

MALVINA.
Que Rofwen ne vit-il encore, mon frère, il me semble que ce qu’il fait pour vous me disposerait déjà en sa faveur.

SCÈNE V.
Les Memes, BRIGITTE.

BRIGITTE.
Monseigneur, le comte de Marsden vient d’arriver an château… . . .

AUBRAY.
Ma sour, allons le recevoir.

MALVINA.
Ah ! mon frère, souffrez que je ne sois pas présente à son arrivée ; je suis encore trop émue…

AUBRAY.
Eh bien! rentre un instant dans ton appartement. (à Brigite.) Brigitte , accompagnez Malvina; moi, je vole au-devant du Comte… Mais il est trop tard, le voici lui-même.

SCENE VI.

Lord RUTWEN, AUBRAY.

AUBRAY.
L’honneur que vous me faites Mylord… Ciel! que vois-je? quelle ressemblance!

RUTWEN.
Mes traits rappelleraient-ils à sir Aubray quelque ancienne amitié?

AUBRAY,
C’est sa voix, je n’en puis douter… c’est Rutwen.

RUTWEN,
Tel fut mon nom, jasqu’au moment où la mort d’un frère ainé me mit en possession du titre de Marsden.

AUBRAY.
En croiraije mes sens? Rutwen!.. es-tu l’ombre de mon ami t

RUTWEN.
Mon cher Aubray, viens dans mes bras t’éclaircir de ce doute.

AUBRAY.
Grand Dieu! il est donc vrai… Mais, par quel prodige, lorsque je déplorais ta perte…

RUTWEN.
Un secours puissant me conserva l’existence; lorsqu’il me fut permis de me rapprocher de toi, tu avais quitté la Grèce; j’appris quelque tems après la mort de mon frère. Revenu à Londres, je t’écrivis en son nom, et j’ai voulu, en arrivant en Ecosse pour prendre possession de son heritage, te causer une surprise bien douce pour tous deux.

AUBRAY.
Quelle est ma joie ! je revois mon ami et mon ami me retrouve digne de lui. Car, n’en doute pas, Rutwen, c’était toujours toi que j’accueillais en Marsden, et ma sæar que je t’avais destinée n’eût été l’épouse de ton frère que pour acquitter ma dette envers toi.

RUTWEN.
Généreux ami! mais crois-ta que je serai assez heureux pour plaire à l’adorable Malvina?

AUBRAY.
Je n’en saurais douter; elle était déjà touchée au récit que je lui faisais de tes infortunes, elle pleurait avec moi celui quelle croyait mort pour son frère ; elle t’aimera, Rutwen; dans ce coeur ingénu et libre encore, la reconnaissance fera naitre l’amour.

RUTWEN.
Ah ! puisses-tu ne pas me flatter d’un vain espoir ! mon ami, tu ne saurais imaginer le bonheur que je fonde sur cet hymen que ton amitié me prépare ; je le sens, oui, mon existence tout entière y est attachée. .

AUBRAY.
Je te reconnais bien, Rulwen ; toujours enthousiaste, exalté : ma scur est encore dans l’ignorance des passions, ne va pas l’effrayer.. .

RUTWEN.
Je m’efforcerai, pour lui plaire, de cacher, s’il le faut, jusqu’à la violence de mes sentimens; mais qu’il me tarde de jouir de sa vue. .

AUBRAY.
Elle rient…. Combien elle sera surprise !…

SCÈNE VII.

Les Précédens, MALVINA, BRIGITTE.

AUBRAY.
Ma chère soeur, voilà cet ami généreux dont nous déplorions la perte encore ce matin; il vit par un miracle : c’est à lui que votre main est destinée.

RUTWEN.
Charmante Malvina, mon sort dépend désormais d’un mot de votre bouche.

MALVINA.
Mylord, la vie d’un frère chéri, mon devoir… Elle l’envisage.) Ciel ! que vois-je ?

AUBRAY.
Vous pálissez, Malvina! qu’avez-vous ? Mon ami, elle se trouve mal! Hola! Scop !… Willams…

BRIGITTE
Ma chère mattresse ! rerenez à vous.

MALVINA.
Ah ! ces traits !… le fantôme de cette nuit!….

BRIGITTE.
Miséricorde !… Miss, contraignez-vous ! quelle idée est la vôtre !

RUTWEN.
Eh bien ! ce trouble est-il dissipé?

MALVINA.
Oh! oui. Que je suis insensée en effet ! Mylord, excusez une faiblesse passagère, suite d’un accident qui m’est arrivé celle nuit.

RUTWEN.
étonné. Cette nuit !…

AUBRAY
Nous sommes restés fort tard au château, ma squr et moi; c’est peut-être l’effet d’un peu de fatigue.

MALVINA
à part. Je ne sais quel sentiment m’agite en sa présence.

RUTWEN.
Ab! belle Malvina, rassurez mon cour; comment doitil interpreter cette émotion ?

MALVINA.
Mylord… la surprise de vous revoir, après avoir déploré votre mort…

RUTWEN.
Serait-il possible, qu’avant de me connaître, le récit de mes malheurs vous eût intéressée à moi?

MALVINA.
Comment aurais-je pu, Mylord, demeurer insensible au touchant dévouement ? Je suis la soeur d’Aubray, et mon cour… pénétré de reconnaissance… (à part.) Je n’ose le regarder.

RUTWEN.
De la reconnaissance! eh! c’est moi seul qui en dois ici à mon ami; et que ne lui devrai-je pas, si votre cour approuve ses desseins généreux. Oh! dites-moi que vous les confirmez, ou je meurs à vos pieds. (Il lui prend la main.)

MALVINA
Ah! ciel ! ce transport….

RUTWEN.
N’a rien qui puisse vous effrayer. C’est en présence de votre frère, c’est de son aveu, que je fais ici le serment de vous adorer jusqu’à la mort !… Oh! mon ami, joins tes prières aux miennes.

AUBRAY
Cette union est l’objet de mes voeux les plus chers, Malvina ne l’ignore point.

MALVINA.
à part. Quel charme inconcevable agit sur moi ?

RUTWEN.
O mon ami! comme tout mon être s’est ranimé à sa vue ! to le sais, flétri par les malheurs, isolé sur la terre , tu me vis toujours prét à quitter sans regrèt le néant qui m’enlourait pour chercher un néant plus inconnu encore. Cet ange, cet ange scul peut m’attacher à l’existence ; c’est d’eile que j’attends une nouvelle vie : il me semble déjà que je la puise dans ses regards. Oh ! Malvina! que votre bouche confirme un espoir si doux

MALVINA.
Mylord, mon frère peut toujours compter sur mon obéissance.

RUTWEN.
Ah! Miss, vous consentez donc?… .

MALVINA.
Ah! n’abasez pas de ma confusion; mon frère, laissezmoi mie retirer, je vous en supplie.
เจเจคเ

SCÈNE VIII.

RUTWEN, AUBRAY.

AUBRAY.
Rutwen, mes desirs sont remplis; nous allons être frères.
(Ils s’embrassent.)

RUTWEN.
Mon généreux ami, il me reste une grâce à te demander : fais que notre hymen soit conclu sans retard.

AUBRAY.
C’est mon projet. Je vais hêter les préparatifs, et demain, si ma soeur n’y apporte point d’obstacles …:
Vampire.

RUTWEN.
Demain ! jusqu’à demain!

AUBRAY.
Quel empressement!….

RUTWEN.
Je snis forcé de me hater. Je ne puis demeurer que trèspeu de temps en ce pays. –

AUBRAY.
Tu m’étonnes.

RUTWEN.
Des motifs de la plus haute importance me rappellent à Londres.

AUBRAY.
Mais enfin, le terme que tu fixes ?…

RUTWEN.
Est court; je n’ai que trente-six heures à passer avce toi.

AUBRAY.
Cela n’est pas croyable, tu m’as dit que tu venais prendre possession des biens de ton frère…

RUTWEN.
Il me suflira de me présenter au château de Marsden, et la distance n’est pas grande ; je pourrai être de retour ici avant la fin du jour.

AUBRAY
Ma surprise est extrême. Ne peux-tu m’espliquer?..

RUTWEN.
Tu apprendras plus tard les raisons qui m’obligent à te faire cette prière ; mais hålons-nous, mon ami : va rejoindre ta soeur, et détermine-la.

AUBRAY.
Je ne puis le refuser, je crains bien cependant que ma sceur ne s’effraie de cette précipitation.

RUTWEN.
Sachez que mon existence même serait compromise par le moindre retard : si la vie de ton ami t’est chère…

AUBRAY.
Tu me fais frémir! tu me découvriras cet étrange mystére! mais l’amitié parle et fait taire la curiosité. Je cours plaider ta cause. J’écouterai ensuite les raisons.

SCENE IX.

RUTWEN se promène agité, la main sur son front, ensuite EDGAR qui était au fond de la scène.

EDGAR.
Mylord

RUTWEN.
Que voulez-vous ?

EDGAR.
Permettez-moi de réclamer votre protection…. je suis l’un des serviteurs à sir Aubray.

RUTWEN.
En quoi puis-je te protéger ? –

EDGAR.’
Je vais épouser la fille de l’intendant de votre château de Marsden. On dit que vous vous disposez à visiter votre do maine.

RUTWEN, vivemerel.
Sa fille est la fiancée ?

EDGAR.
Oui, monseigneur.

RUTWEN.
Et quand faites-vous la noce?

EDGAR.
Ce soir, Mylord.

RUTWEN
avec une joie concentrée. Ce soir!

EDGAR
Oui, Mylord.

RUTWEN.
J’y serai.

EDGAR
Oh! Mylord, le respect m’empêchait de vous en prier; mais si votre seigneurie daignait nous faire l’honneur de siguer au contrat…sir Aubray a bien voulu me promettre la même faveur.

RUTWEN.
Je m’en fais un plaisir.

EDGAR.
Ah: My lord, que de bonté !

RUTWEN.
Combien de tems faut il pour nous rendre à Marsden?

EDGAR
La mer est caline, nous avons de bons rameurs, le trajet se fait en moins d’une heure.

RUTWEN.
Fais appréter une barque et dis à mes gens de se préparer au départ.

EDGAR.
Je vais exécuter cet ordre, Mylord.

SCENE X.

RUTWEN, AUBRAY.

AUBRAY.
Tout est arrangé selon tes desirs, mon ami.

RUTWEN, joyeur.
Ta soeur consent aussi!

AUBRAY.
J’ai ordonné que tout soit préparé dans la chapelle du château, ce soir, à notre retour.

RUTWEN.
Tu veux m’accompaguer?

AUBREY.
Ta resteras si peu de tenis auprès de moi, que je ne puis consentir à nous séparer un seul instant.

RUTWEN.
Digne ami, tu m’enchantes.

SCENE XI.

Les Memes, EDGAR.

EDGAR.
Mylord, tout est préparé.

AUBREY
Allons, partons, tum’apprendras en route la causa de ton départ aussi prochain.

Fin du premier Acte.

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